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L’informatique dépasse l’automatisation.

D’aucuns considèrent les automates et autres mécaniques préindustrielles des 17e et 18e siècles – et notamment le métier à tisser de Jacquard – comme des ancêtres de l’ordinateur. Or, ces machines sont à l’informatique ce que l’homme de Neandertal est à l’homo sapiens : leur invention a bel et bien pour finalités la mécanisation et la programmation, mais les actions qu’elles automatisent sont physiques et non pas intellectuelles. En d’autres termes, contrairement à la pascaline et à la machine de Babbage + qui traitent des nombres, elles ne manipulent pas d’information. Or la notion d’information est au cœur de l’informatique : c’est même ce qui lui donne son nom. De fait, l’informatique est le fruit de la rencontre fortuite sur une table de laboratoire de l’entre-deux-guerres, de la fée électricité et du génie logicomathématique + . La miniaturisation fera le reste. Le microprocesseur + permettra de produire des ordinateurs de la taille d’une machine à coudre et l’informatique cessera d’être la chasse gardée des scientifiques, des comptables et des militaires : artistes, musiciens et poètes pourront se les approprier.

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Le numérique pose la question de la pérennité.

L’évolution rapide et continue des systèmes, des supports, des langages et des appareils entraine une désuétude tout aussi rapide et continue des œuvres purement numériques, voire leur fatale disparition. Ainsi, mes applications de production littéraire informatisées (et celles de tous ceux et celles qui pratiquaient alors la littérature générée par ordinateur il y a une trentaine d’années) n’existent plus, au mieux, que sous forme de listings imprimés (en autant qu’on les ait conservés). Et mes premiers poèmes interactifs animés, conçus en flash il y a 15 ans, s’ils sont aujourd’hui toujours visibles-lisibles (mais jusqu’à quand) + , sont graphiquement et techniquement obsolètes.

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Le programme (s’)écrit aussi.

Au milieu des années ‘80 du siècle dernier, quelques écrivains traduisent en langage informatique des contraintes formelles, concevant ainsi des programmes qui écrivent des textes littéraires. Ces travaux s’inscrivent dans la suite logique de ceux de l’OuLiPo associant mathématiques et production littéraire, «au besoin en recourant aux bons offices des machines à traiter l’information» + . De nombreuses pistes sont alors explorées, de la génération de moules et de structures (de conte, de poème, etc.) à la production de textes en langage naturel (des acrostiches, des haïkus, etc.). S’ils ne sont pas les premiers à mettre l’informatique au service de l’écriture + , les membres de l’ALAMO et du groupe MOTAMO sont les premiers véritables producteurs de littérature informatisée. Car c’est bien de littérature qu’il s’agit, même si la pratique exploite largement le potentiel ludique de l’automatisation (comme, du reste, les pratiques oulipiennes le faisaient également). Et ce n’est pas qu’un jeu, comme en témoigne la production théorique ayant accompagné pas à pas cette exploration.